Ex-

position en cours :

Conjuguer la traçabilité

Extrait 

Sonore #1

 

Magali Babin

Entends-tu l'osmose s'inverser ? 

Projet en ligne, indépendant, 

2018

SA :

Ça fait vraiment longtemps que tu as une pratique sonore. Tu as fait de la composition, tu as fait des disques, maintenant tu fais surtout des installations et de la diffusion sur le web. Peut-être nous dire sur le plan esthétique dans quelle direction ça s’en va ? 

Est-ce qu’il y a des choses que tu ne referais plus ? 

Je vois que c’est très lié au relationnel aussi, et dans l’implication citoyenne, alors peut être nous dire ce qui t’intéresse{1}?

Magali Babin ◊ portrait 2018

ep1-4.jpg

MB :

Donc l’exposition à St-Hyacinthe s’appelle Orange, c’est un événement en art contemporain, une triennale qui conjugue art actuel et agroalimentaire. À chaque année, il y a des commissaires invités qui vont se pencher sur une thématique, et qui vont explorer justement cette question de façon assez politique, je pourrais dire, le rapport entre l’agriculture (la réalité des milieux agricoles et d’agriculteurs) et les arts actuels.

Donc mon projet consistait à créer une carte sonore, puisque la thématique de cette année à Orange c’est la traçabilité, d’où vient le produit, comment il est cultivé, et sa transformation, jusqu’à ce que le produit se retrouve dans la conserve, sur la tablette, dans les épiceries. C’est un travail sonore qui ressemble au documentaire, même si y’a un peu de création. À un moment donné le son « se perd dans le sirop »… mais après on retombe dans une forme plutôt documentaire audio, mais dans le format de la conserve…

ep1-3.jpg

110 Holsteins@Orange

SA :

Ah !? intriguant…

MB :

Intriguant, oui ! J’en dis pas plus, ça va être disponible « en magasin »{2}. (rires)

SA :

Donc pas seulement sur le web comme plusieurs cartes sonores…

MB :

On a joué le jeu jusqu’au bout, jusqu’à l’œuvre d’art sonore qui accompagne le produit en magasin.

L’œuvre s’est plutôt réalisée à St-Jean-Port-Joli{3} en résidence, c’est pourquoi il y a une épicerie qui aura le produit en magasin. 

L’exposition, quant à elle, se tient à Saint-Hyacinthe, et le produit sera aussi disponible dans un marché sous la galerie.

SA :

On va pouvoir suivre ce projet. Je rappelle la Triennale d’art contemporain Orange, à Saint-Hyacinthe, se déroule du 16 septembre au 28 octobre 2018.

MB :

Pour terminer sur ce projet-là, vous pouvez aussi le trouver sur le site d’Avatar, qui est le co-producteur de la pièce de l’œuvre. C’est à Avatar que j’ai fait le montage et la composition. L’œuvre s’appelle « Entends-tu l’osmose s’inverser »{4}.

Donc vous aurez accès aux documents audio, mais aussi des images tournées lors de la résidence à l’érablière (à St-Jean-Port-Joli).

Résidence à l’érablière

ep1-5.jpg

La

communauté et le son :

Action

Art Actuel

Extrait 

Sonore #2

 

Magali Babin

Bruits de fond :

Humidity

LP: Bruits de fond

Avatar, 2009

SA :

Cet été (2018) tu étais également à Action Art Actuel,
à Saint-Jean-sur-Richelieu{5}. Est-ce que tu peux nous parler de ce projet qui arrive presque en même temps? C’est ce qu’on appelle un gros automne!

Les Oracles@Laval

ep1-2.jpg

MB :

À Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est un travail de longue haleine, je dirais, parce que c’est un travail qui s’est fait sur trois séjours de résidence. Ça a commencé au début en prospection, ensuite en production, cueillette d’informations et de matériaux, et finalement la production de l’installation sonore comme telle.

C’est une première grande exposition solo (…non en fait, j’en ai fait une à la maison de la culture Maisonneuve, mais bon… la première à l’extérieur de Montréal!)

C’est un projet qui parle des empreintes sonores. Ce projet vient du travail de Raymond Murray Schafer{6}, qui travaille en field recording (sons environnementaux), mais de mon côté je prends ce terme et je le travaille de différentes façons.

Je le travaille, bien sûr, par le son qui se retrouve présent dans l’environnement naturel, urbain, etc. Je dis que ça touche l’espace physique, mais aussi l’espace psychique car, pour moi, les sons, c’est comme les odeurs, ça nous habite, ça empreint notre mémoire… Il y a aussi cette facette qui va être traduite de façon esthétique dans l’installation.

Autant physique que psychique donc, mais aussi avec tout un travail de cueillette sur le terrain. Avec cette exposition-là, ce qui est mis de l’avant, c’est vraiment ma pratique, qui est développée autour de l’art contextuel, l’art relationnel et l’art sonore. C’est un mix des trois approches. J’utilise le son pour entrer en relation avec les gens, leur poser des questions, les impliquer, autant dans mon travail, que de mon côté m’impliquer dans leur quotidien de « locaux » qui habitent à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Donc, une des choses que j’aurais aimé créer c’est une communauté, une communauté d’écoute autour des sons de Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais en fait il y a déjà une communauté qui existe. Ils sont sensibles au son, ça s’appelle Ensemble pour diminuer le bruit du train{7} et cette communauté, c’est vraiment un cercle de citoyens qui s’est formé, et éventuellement, j’aimerais voir comment je peux travailler avec eux.

Mais c’est sûr que j’aimerais utiliser l’espace de la galerie, l’idée de mon exposition et son contexte, pour l’offrir aux différents comités citoyens qui veulent venir parler du son urbain et du son de l’environnement.

 

C’est vraiment un travail au niveau du territoire, du terrain, et avec les citoyens. J’espère pouvoir impliquer les gens de Saint-Jean-sur-Richelieu dans mon projet le plus possible.

ep1-1.jpg

Magali Babin en 2011

D

directions

artistiques

Extrait 

Sonore #3

 

Magali Babin

Triturations 

LP: Chemin de fer

No Type, 2002

SA :

Ça fait vraiment longtemps que tu as une pratique sonore. Tu as fait de la composition, tu as fait des disques, maintenant tu fais surtout des installations et de la diffusion sur le web. Peut-être nous dire sur le plan esthétique dans quelle direction ça s’en va ? Est-ce qu’il y a des choses que tu ne referais plus ? Je vois que c’est très lié au relationnel aussi, et dans l’implication citoyenne, alors peut être nous dire ce qui t’intéresse ?

MB :

Y’a aussi la pratique de la performance, qui a été très importante dans les trente ans de carrière où j’ai travaillé avec le son. Finalement, c’est peut être le filon qui est resté de tout ça, car quand je travaillais, quand j’étais musicienne et que je me produisais plutôt en art de la musique actuelle ou expérimentale, il y avait toujours cette idée d’être dans l’improvisation et la performance. C’est que j’amène avec moi dans ma pratique en contexte, et en situation.

Ce que je fais moins, c’est d’aller improviser musicalement avec des gens. Mais je continue à faire des performances musicales. Justement, à Saint-Hyacinthe, avec Orange, pour l’événement qui clôture l’exposition, je vais faire une performance un peu inusitée… dans un lieu très particulier, sur une ferme en fait. C’est véritablement une performance en art audio.

Pour répondre à ta question, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est cette notion de travailler sur ces liens entre l’art engagé, l’art environnemental, mais aussi l’implication citoyenne.

Je trouve qu’il y a beaucoup à faire ici, au Québec, en ce qui a trait au son environnemental, et aussi en notre conscience de l’aspect sonore du monde, par l’art, la création, par des expositions, par une présence dans le contexte, sur le terrain…

À chaque fois que j’échange avec des gens qui ne connaissent pas, qui ne savent pas ce que « ça mange en hiver » l’art sonore, j’aime pouvoir en discuter autour de contextes qui concernent l’art, mais surtout dans des contextes qui touchent l’environnement des gens. Par exemple, traiter de l’espace public sonore, ça nous rejoint tous, et je pense que la création peut devenir un outil : pas seulement pour l’artiste, mais aussi pour la communauté.

SA :

Merci, content de voir que tu es très occupée et au plaisir de voir ton travail cet automne !

 

Septembre 2018

Passer à l'épisode suivant, ou revenir au précédent